Retour sur la séance d’écoutes radiophoniques collectives avec Arte Radio

5ème édition du Festival des Nouveaux Cinémas Documentaires, A>F<R>O>T<O<P>I<A, 10 -26 novembre 2015, Paris, Les Lilas, Porto Novo et Lomé, site de Belleville en vue

Dans l’ambiance feutrée et intimiste des salles de cinéma des Ateliers Varan, une expérience singulière nous attendait le 21 novembre 2015  : une session d’écoutes radiophoniques collective ; un véritable affinage de notre ouïe auquel nous invitait ARTE Radio, à l’initiative de cet apéro sonore. Et soudain, l’on (re)découvrit la puissance évocatrice du son.

Destination l’Afrique, à travers cinq créations sonores de sept à treize minutes. Valentin, lycéen de 19 ans, part au Bénin et relate son choc des cultures. Au Congo, des mineurs témoignent sur le travail des enfants et la menace écologique. A Brazzaville, les Louzolo consacrent la bière comme un médicament. En Côte d’Ivoire, une journaliste française d’origine ivoirienne questionne le devenir de sa langue maternelle, l’attié. De brèves discussions avec les documentaristes venaient rythmer la séance animée avec brio par Sylvain Gire[1]. Cette sonothèque pas comme les autres propose, sur la plateforme l’écoute en ligne arteradio.com, une centaine de reportages et de créations sonores. On y trouve des écritures, une prise de son, un montage et un mixage des plus soignés, des thématiques qui mêlent intimité, voyage, poésie, imaginaire…

Discret, le micro permet d’abroger cette frontière parfois gênante entre l’enregistrement et le off, pour n’extraire que la substantifique et authentique moelle du réel. Négligé, souvent considéré comme accessoire, le son révèle toute sa superbe dès qu’on lui prête oreille. Sans l’image qui l’accompagne souvent, la création radiophonique stimule tous nos sens. L’imaginaire est décuplé et on se laisse porter in medias res en terre inconnue. L’on sentirait presque cette chaleur béninoise, ce parfum des rives du fleuve Congo, ces arômes de malt sur nos papilles. Côte à côte, chacun visualise à sa manière la situation captée. Une expérience à la fois collective et intime que chacun s’approprie, le temps du reportage, en voyageant avec ses propres représentations.

C’est finalement à une posture d’écoute attentive et active qu’ARTE Radio nous convie à travers sa ligne éditoriale. En somme, une démarche assez proche de celle d’un lecteur. Et la formule fonctionne plutôt bien, la webradio ayant débauché quelques talents de la création sonore comme Thomas Baumgartner et son mythique Atelier du son, devenu Supersonic[2]. A contre-courant des sollicitations visuelles de la télévision, du cinéma ou de l’affichage, ARTE Radio s’assume dans une exigence accessible, une singularité et un esprit parfois décalé au dixième degré et nous fait saisir à quel point le son peut suffire à lui-même.

[1]  Directeur et co-fondateur avec Christophe Rault d’ARTE Radio

[2]  Magazine de France Culture http://www.franceculture.fr/emission-supersonic

Jean-Baptiste Viallet - Étudiant C3M 2015-2016