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Le transmédia observé à la lumière d’Anarchy – Effeuillage
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Le transmédia observé à la lumière d’Anarchy

À l’heure du bilan, on peut interroger les réussites et les limites du laboratoire Anarchy. Laboratoire, le mot est fort mais son choix est assumé : la télévision française prend rarement de tels risques de création plurimédiatique et participative, en faisant ainsi appel aux talents d’invention et d’écriture d’auteurs contributeurs dont ce n’est pas le métier. Anarchy est une lorgnette… ou même une longue-vue sans égal sur le présent du transmédia télévisuel ; et peut-être aussi sur ses perspectives d’avenir.

 

Le classement dans Anarchy

Anarchy est aussi un concours. Les participants se voie attribuer un certain nombre de points en fonction de leurs actions dans le jeu. Ce nombre varie de 3 points pour une action simple à 1500 points si le personnage du joueur est intégré dans la série.

Le nombre de points permet au joueur de récupérer des badges et de le faire évoluer dans le classement. Les 100 premiers gagnent tous un lot et le premier un stage au CEEA (Conservatoire européen d’écriture audiovisuelle).

 

Anarchy, des réussites en série

C’est un constat partagé par l’équipe et par les joueurs : ils saluent Anarchy comme une réussite, une série de réussites. Cela pourrait sembler abusivement optimiste puisque les audiences télévisuelles sont restées faibles, plus faibles encore que celles normalement obtenues par France 4 sur cette tranche de programmation. Pourtant, ce que retiennent ceux que nous avons interrogés, c’est que le dispositif numérique a quant à lui rencontré son public avec 2633 inscrits dont environ 500 actifs très réguliers[1]. Et les 12 minutes passées en moyenne sur le site, ce qui est « vraiment remarquable surtout pour un site naissant », comme l’indique Roland Richard, témoignent d’une réelle implication des joueurs.

Reste que ces indicateurs peuvent sembler décevants eu égard à l’audience que génère habituellement la télévision, y compris en terme de retombées sur les réseaux sociaux. Les parties prenantes s’accordent en fait pour considérer que dans un tel projet d’écriture partagée, l’objectif n’est pas principalement quantitatif. La participation, l’implication, l’expérience en soi, reviennent comme des arguments forts. Les joueurs interrogés disent leur satisfaction et expriment leur envie de renouveler leur engagement si un autre dispositif du même type venait à voir le jour. Rémi L., 14ème au classement, s’estime ainsi  « prêt à recommencer ». Simon T., insiste sur le fait qu’il a  « beaucoup apprécié » cette expérience d’écriture. Certains parlent de « pari » gagné.

Premier enseignement donc, sans doute faut-il décorreler la réussite d’un programme télévisuel transmédia des habituels critères audimétriques. Ce qui bien évidemment pose un problème majeur dans l’économie de la télévision ; car il faut bien que le diffuseur et le producteur trouvent un « business modèle ».

Deuxième enseignement, la participation n’est ni spontanée ni autonome, elle nécessite un encadrement lourd et des moyens dédiés. Il ne faut pas croire que faire écrire est plus simple qu’écrire soi-même et que cela permettrait aux médias de bénéficier de contributions gratuites. Susciter et solliciter des participants coûte cher, brûle une énergie considérable, s’appuie sur des savoir-faire professionnels nombreux et pointus (savoir intégrer les contributions, savoir rétribuer symboliquement les contributeurs).

Concrètement, dans Anarchy, l’accompagnement s’est concrétisé dans une multiplicité d’actions concordantes. Ainsi du compte Twitter @anarchy, aide « toujours très réactive » selon un participant, des articles de repères postés très régulièrement, de tutoriels, d’échange directs entre la rédaction et un jouer. Une des gageures est de réussir à encadrer sans donner l’impression de cadre, pour préserver la volonté des joueurs, présents pour certains plusieurs heures chaque jour. C’était le cas de Tristan S., gagnant du jeu Anarchy qui « passait 4 à 5 heures sur le site » par jour avant de « pratiquement vivre Anarchy H24 ». Ce qui renvoie à la particularité déjà évoquée : le potentiel des dispositifs transmédiatiques à « créer un monde parallèle » où l’on peut « partiellement […] vivre » (Roland Richard) ne peut pas concerner un public très large, ou du moins ne peut par nature concerner qu’une partie du public de la télévision. Car il faut avoir pouvoir consacrer beaucoup de temps à cette aventure, savoir le faire, aimer le faire.

Troisièmement enseignement, il est compliqué de concilier écriture transmédiatique et réalisation d’une production télévisuelle vraiment qualitative. Car ce qui est écrit pour d’autres médias que la télévision risque de desservir le programme télévisuel, qui ne peut plus être au centre de toutes les attentions.

Il est révélateur que le gagnant du jeu Anarchy fasse part de sa déception à la suite du visionnage des épisodes de la série télévisée : « elle manquait clairement de moyens », « on aurait tout à fait pu [s’en] passer ». Sentiment partagé par cet autre joueur, Simon T., qui qualifie les rapports entre l’histoire d’Anarchy sur le site et la série télévisée de « bancals ». Une journaliste de l’équipe de rédaction abonde dans le même sens : « la série ne m’intéressait pas vraiment », « je suis déçue du traitement de la participation des joueurs », « pourquoi choisir leurs personnages si [c’était] pour les tuer dans l’épisode d’après ». La rédaction a maintenu jusqu’au bout le principe de la figuration des personnages des joueurs dans la série, mais au prix d’une relative faiblesse scénaristique

La série télévisée Anarchy s’est en quelque sorte retrouvée confinée à un rôle de vitrine sans être pleinement intéressante par elle-même. Comme si, finalement, elle avait surtout servi de prétexte, d’accroche pour susciter l’envie de participer des joueurs, et surtout de condition financière. Mais encore faudrait-il trouver un moyen pour l’intégrer de manière moins décousue dans le dispositif qu’elle supporte et dont il serait logique qu’elle soit la pierre angulaire. Car la fiction participative, ainsi que le défend Roland Richard, « a un immense avenir et […] c’est ce qu’a prouvé Anarchy ».