L’HABILLAGE SONORE

Un outil aussi invisible qu’omniprésent

L’habillage sonore est aujourd’hui un facteur déterminant dans les stratégies marketing des médias audiovisuels et des marques médias. Pour le dire de façon imagée, il s’agit de la tenue vestimentaire qui est enfilée par-dessus un contenu médiatique pour renforcer son identité.

L’habillage sonore désigne l’ensemble des éléments sonores (musique, voix, bruitages) ajoutés à un contenu médiatique, qui en facilitent son identification, sa reconnaissance, et sa singularisation. Cela peut concerner un  programme de télévision, une émission de radio, une marque, ou même un site internet. Une attention particulière est portée à la spatialité des sons, à la fois dans l’espace réel où ils sont diffusés, mais aussi dans l’espace virtuel, la diegesis, qu’ils illustrent. Face aux défis contemporains des médias aux prises d’une économie de l’attention fortement bataillée, l’habillage sonore se révèle comme étant un levier puissant. Par nature, le média radio est particulièrement sensible à cette évolution et intègre ainsi fortement cette dimension dans ses stratégies de communication.

LA STRUCTURE

L’habillage sonore permet de structurer et d’organiser le contenu d’un format audio afin de faciliter la compréhension des informations ou des émissions écoutées. Il permet, entre autres, de marquer le début et la fin d’une émission ou d’une séquence, ainsi que de marquer des temps de pause rythmant alors le contenu dans son ensemble.

Le jingle(1) est une des signatures auditives d’un programme ou d’une station radio. D’une durée assez brève, il mêle généralement voix, musique, et bruitages. Celui-ci étant présent en début de programme, de séquence ou de chronique et profilé pour une utilisation répétée, il en favorise ainsi la reconnaissance et la mémorisation.

Plus long que le jingle, le générique permet quant à lui l’identification immédiate d’un programme. Composé d’un tapis ou d’un mix musical, et parfois de bruitages, il accompagne généralement l’accroche de début et de fin du présentateur.

Enfin, la virgule sonore, elle, est une ponctuation très brève, souvent sous forme de phrase musicale ou de bruitage, qui permet, en marquant des pauses, de faire respirer le contenu et de retenir l’attention de l’auditeur. Son utilisation répétée sert également à la construction de l’identité d’un programme.

L’AMBIANCE

Un contenu audio s’appuie aussi sur de nombreux éléments sonores qui créent une atmosphère d’écoute attractive et immédiatement reconnaissable par l’auditeur. Le blanc est un vide sonore qui marque une pause, et laisse le temps à la réflexion. Il permet d’installer une ambiance calme, propice à une meilleure assimilation du contenu. 

Le field recording ou « enregistrement de terrain » permet à l’auditeur une immersion dans le réel puisqu’il s’agit d’en écouter ses sons les plus abrupts.

Enfin, le tapis sonore puise son inspiration dans l’identité sonore du programme. Il accompagne généralement une prise de parole et participe à la mise en place d’une charte sonore singulière et cohérente.

Ainsi, l’habillage sonore contribue à créer l’identité sonore d’un programme, d’une séquence, d’une chronique, ou d’une antenne radio, sa « couleur », et favorise la reconnaissance, l’attractivité ainsi que la mémorisation du contenu. Il permet alors de fidéliser son audience.

MISE EN SITUATION

En radio, l’habillage sonore d’une émission thématique diffère d’une matinale puisqu’il n’est pas associé aux mêmes enjeux : 

Les matinales sont considérées comme des prime time, elles sont caractérisées par des pics d’audience pour les stations généralistes. Les annonceurs y voient une opportunité d’atteindre le plus d’auditeurs, d’où la nécessité de soigner son habillage sonore.
L’émission thématique, quant à elle, cherche à créer une identité sonore singulière qui pourra fidéliser une audience et créer une forme de rendez-vous avec ses auditeurs.

La matinale : France info versus BFM Business

Une matinale est une émission de radio diffusée du lundi au vendredi pendant une tranche horaire stratégique pour de nombreuses stations. Elle place l’information au centre de son contenu, qui allie chroniques, interviews, et points sur l’actualité. L’animateur, figure emblématique connue du public, participe à l’identité d’une station, et permet aux auditeurs sa reconnaissance immédiate. 

La matinale de BFM Business, Good Morning Business, diffusée entre 6h et 9h, est présentée par Stéphane Soumier. Il reçoit chaque matin des personnalités de référence dans le domaine de l’économie, et s’adresse à un public de niche. L’habillage sonore de cette matinale s’appuie sur une forme de pathos. La voix de l’animateur se veut un peu naïve avec un jargon économique que l’audience comprend. Le jingle est très rythmé et illustre cette identité : l’actualité économique est mouvante et l’habillage sonore capte l’auditeur qui ressent un sentiment d’urgence et un besoin de ne rien manquer de l’émission. La virgule sonore, quant à elle, est une musique qui monte en puissance et accélère avant de laisser place aux flashs d’information. 

La matinale de France Info, animée par Marc Fauvelle de 7h à 9h30 attire, quant à elle, un public élargi en tant que station de radio généraliste publique. Cette identité est renforcée par un habillage sonore sobre et percutant qui favorise la clarté du contenu pour l’auditeur. Le jingle, composé par Jean-Michel Jarre, est d’un tempo accéléré avec une intensité crescendo. La voix de l’animateur est claire, et ses propos sont sans fioritures afin de donner rapidement aux auditeurs l’essentiel de l’information.

L’habillage sonore de ces deux matinales revêt ainsi des enjeux différents : d’un côté, BFM Business tente de capter et fidéliser un public de niche à travers une identité sonore qui illustre d’une certaine manière le dynamisme et l’urgence économique, tandis que de l’autre côté, France Info mise sur la clarté de l’information généraliste pour faire de la station publique une référence en matière d’information nationale. 

Boomerang sur France Inter

Boomerang est une émission de radio quotidienne thématique d’une demi-heure, diffusée depuis 2014 sur France Inter à 9h10 et présentée par Augustin Trapenard. L’habillage sonore de cette émission participe à son identité culturelle singulière. La voix de son animateur  possède un timbre doux et reconnaissable, qui offre une parenthèse apaisante et intime à une heure habituellement frénétique. L’utilisation de blancs sonores laisse le temps à l’invité de s’exprimer. Dans cette émission, la voix de l’animateur devient un élément à part entière de l’habillage sonore puisqu’elle impacte son ambiance et donc son identité profonde. Le générique et les virgules sonores, semblables à des sifflements du vent,  sont également porteurs de cette identité. Inspiré de la bande originale du film Casse-tête chinois de Cédric Klapisch, le générique de Boomerang est un mix musical rythmé et entraînant de chansons, bruitages et voix. Composé par Loïc Dury, il traduit son identité : « un rendez-vous culturel, pop et piquant, qui puise dans l’actualité comme dans l’air du temps ». 

Par ailleurs, notons que ce générique répond à une problématique actuelle plus large, celle de la répétition. En effet, la répétition permanente d’une même formule sonore peut être ressentie à la longue comme sur-identifiante et provoquer un rejet chez les auditeurs. Ainsi, de nombreux compositeurs réalisent aujourd’hui des habillages sonores dits « informels », à savoir des formes sonores assez abstraites qui n’ont pas de ligne mélodique pouvant être chantée, ou peu d’objets sonores jugés trop référentiels. 

Laura Eisenstein & Rose Bernard, étudiantes du M1 Communication Médias - CELSA