Prime-time

Un carrefour horaire pour les audiences et la programmation

Le concept de prime-time, qui signifie littéralement “première partie de soirée”, est un terme emprunté au jargon des professionnels américains de la programmation télévisée, repris en France à partir de années 1980. Il désigne la tranche horaire qui réunit le public le plus large au cours de la journée. Ce moment peut varier selon les pays et le média audiovisuel concerné.

RÉUNIR ET SÉDUIRE

Le prime-time correspond à un rendez-vous télévisuel qui réunit les membres du foyer devant la télévision en tant que média domestique. Il se superpose au rythme quotidien du plus grand nombre de téléspectateurs qui sont disponibles sur cette tranche qualifiée de populaire et familiale. Il s’agit donc de proposer des programmes consensuels, provoquant le moins d’objections, de restriction ou de discrimination au sein du public. Les formats de prime-time sont très encadrés pour les contraintes réglementaires imposées par le CSA, notamment à propos de la protection des publics, de la diffusion d’un quota de programmes français ou européens, etc. Elles contribuent à une uniformisation des grilles et des formats entre chaînes et d’un jour à l’autre pour créer l’habitude. Il en résulte une orchestration très rigide de la grille des programmes, qui s’organise autour du prime-time. L’objectif, en plus de réunir la famille, est aussi d’organiser les enchaînements entre programmes de façon à ce que les téléspectateurs ne choisissent pas de changer de chaîne. Il s’agit de constituer un écrin pour les programmes exceptionnels et ayant nécessité des moyens importants que les chaînes réservent au prime-time.

ÉMERGER PARMI LA CONCURRENCE

La publication quotidienne des chiffres d’audience de référence par Médiamétrie intervient le matin et met en avant les résultats du prime-time. Pour les professionnels de la télévision, c’est un indicateur central de positionnement de chaînes dans le cadre de la concurrence. Le prime-time d’une chaîne doit lui permettre de concentre les audiences et donc les recettes publicitaires. Dans la mesure où il doit faire face à 24 programmes concurrents sur TNT, l’enjeu est de pouvoir démontrer de chiffres d’audiences élevés sur ce créneau stratégique afin de rester attractif aux yeux des téléspectateurs et donc des annonceurs. Ces derniers plébiscitent d’autant plus ce créneau qu’il permet de toucher toutes les cibles. Pour les chaînes publiques, sur lesquelles les pages de publicités sont interdites sur ce créneau, il ne s’agit pas d’attirer les annonceurs mais de proposer des programmes attractifs au public qui peuvent être parrainés. Dans cette compétition pour les audiences, TF1 s’affirme nettement comme la chaîne leader du prime-time.

AFFIRMER L’IDENTITÉ D’UNE CHAÎNE

Le prime-time est un élément essentiel dans les stratégies de différenciation et d’imitation des chaînes pour affirmer leur identité. Cela s’appuie notamment sur le constat de la puissance du prime-time dans le rapport des téléspectateurs à la télévision qui s’incarne par exemple dans la valorisation systématique des programmes de cette tranche dans la presse télévisée. Cependant, cette puissance tend à se relativiser avec le phénomène de délinéarisation. Avec l’émergence d’une consommation de contenus audiovisuels détachée des supports traditionnels de la télévision, les téléspectateurs, majoritairement les jeunes, dépendent moins des grilles de diffusion des chaînes grâce au replay, au streaming, aux applications mobiles ou encore aux programmes natifs.

ZOOM SUR LES PROGRAMMES DE PRIME TIME, DU 7 AU 9 NOVEMBRE 2018

Ces dernières années on a pu assister à un glissement de plus en plus tardif du prime-time, provoquant ainsi le mécontentement des téléspectateurs. Alors que France Télévisions proposait en 2008, au moment de la suppression de la publicité après 20h, de faire commencer ses programmes à 20h35, le prime time débute pourtant à 21h10 sur France 2. Ce glissement progressif s’explique par le pic de téléspectateurs, atteint entre 21h et 21h15, soit un moment où les annonceurs sont prêts à payer très cher pour voir leurs publicités diffusées. Les chaînes publiques se retrouvent alors contraintes de se conformer au rythme de la concurrence.

Rachel DAUTAIS, Valentine DAVID , étudiantes du M1 Communication Médias - CELSA